02 mai 2020

Trois Extraits d’Imagine - Demain le monde en attendant le prochain numéro


Voici quelques extraits en attendant le futur numéro qui ne sortira qu’en juin, covid oblige et qui aura 150 pages et un cahier de 36 pages consacré à la crise.


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1. Dominique Belpomme :
« La santé et l’environnement sont notre bien commun »

http://www.imagine-magazine.com/lire/spip.php?article2259

Dans un livre implacable, basé sur 10 ans de recherche et une somme de travaux scientifiques rigoureux, le Pr Dominique Belpomme démontre avec force et précision les liens directs entre la dégradation de notre environnement (pollution chimique et atmosphérique, métaux lourds, ondes électromagnétiques…) et la naissance et le développement de maladies (cancer, obésité, diabète, allergies, Alzheimer…). L’éminent cancérologue en appelle à « une véritable révolution médicale » pour combattre ces « fléaux de santé publique » et préconise la généralisation d’une médecine préventive et environnementale. Rencontre avec un scientifique mi-dissident, mi-franc-tireur, partisan d’un « changement total de paradigme ».


En 2004, déjà, il avait donné l’alerte en lançant l’Appel de Paris. Un texte signé par 1 000 ONG, 350 000 citoyens, 3 000 experts, 3 prix Nobel de médecine affirmant avec force que « le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l’environnement », que « la pollution chimique constitue une menace grave pour l’enfant et pour la survie de l’Homme » et que « notre santé, celle de nos enfants et celle des générations futures étant en péril, c’est l’espèce humaine qui est elle-même en danger ».


Douze ans plus tard, Dominique Belpomme, cancérologue, professeur d’université et directeur de l’Institut européen de recherche sur le cancer et l’environnement (Eceri) revient à la charge avec un livre vérité (Comment naissent les maladies, éditions Les liens qui libèrent), mais également des propositions concrètes : « Après l’Appel de Paris qui avait été largement relayé et entendu, il fallait aller un pas plus loin : dépasser ce qui relevait du bon sens, étayer notre propos et apporter des preuves scientifiques. Ce que nous avons fait avec toutes les équipes de l’Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse et de l’Eceri. »


Douze ans d’étude, un travail colossal mené sur la base de 3 000 articles scientifiques, pour en arriver à la conclusion suivante  : « Le temps des certitudes est venu, il n’y a plus de doute concernant l’origine environnementale de la plupart des affections et maladies. »

Article publié dans Imagine en 2017 - Proposé aujourd'hui en libre lecture, étant donné l'actualité : voir le PDF ici.

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2. Alain Damasio :
« Nous avons le devoir éthique de mobiliser des affects positifs, le désir, l’envie » 

https://www.imagine-magazine.com/lire/spip.php?article2653
 
Bien que rare – il a écrit trois romans en vingt-cinq ans – Alain Damasio est l’un des écrivains de science-fiction français les plus reconnus. Militant, engagé, ses livres sont à la fois des cris d’alerte et des appels à la résistance. Il publie aujourd’hui Les Furtifs, où il nous entraîne à la découverte de ces êtres extraordinaires, dans un monde ultra libéral (les villes sont privatisées, découpées en secteurs accessibles en fonction des revenus), ultra connecté, ultra contrôlé.

Pour moi l’écrivain ne doit pas seulement alerter, mais aussi proposer des horizons désirables.

Quelle est l’alerte que vous avez envie de lancer dans votre nouveau roman, Les Furtifs ?


Ce qui me touche, c’est le techno-capitalisme, ce couplage entre la société de contrôle et le capitalisme cognitif, fondé sur l’économie de l’attention, la sollicitation numérique permanente de chaque individu. Quand j’étais jeune, il y a trente ans, je concevais l’ennemi comme une sorte de collusion entre l’Etat, les multinationales et les médias. J’avais une vision tout à fait classique et pyramidale du pouvoir. Et puis j’ai rencontré la réflexion de Gilles Deleuze sur la société de contrôle et j’ai compris qu’il y avait une mutation du régime de pouvoir, que nous n’étions plus dans des systèmes hiérarchisés, verticaux, mais bien plus dans des ordres horizontaux, relayés par tous, démocratisés, mais extrêmement sournois et insidieux. Et où ce contrôle est relayé par tout le monde.


Nous sommes dans un cocon numérique, un cocon assuré par le smartphone, par cet immense tissage d’objets connectés mis en place à partir de capteurs, de senseurs… La technologie vient outiller nos paresses, conjurer nos peurs et nos incertitudes : on filtre nos réseaux d’amis, nos communautés, on se protège par des détecteurs, toute une domotique.

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3. Et la lumière fut 

http://www.imagine-magazine.com/lire/spip.php?article2217
 
Plus d’un milliard d’humains sont aujourd’hui privés d’électricité. Or l’accès à l’énergie est un moteur de développement. C’est pourquoi les Nations unies ont fait de l’électrification universelle une grande cause planétaire. En attendant, dans les pays du Sud, on innove pour s’alimenter en courant régulier. Entre programmes d’Etat et débrouille locale.

Pas de développement sans courant


Cette année, l’Organisation des Nations unies a élevé l’électrification universelle au rang de grande cause planétaire. C’est le septième Objectif de développement durable [1] . « Il y a une prise de conscience de la part de la communauté internationale, constate Gabrielle Desarnaud, chercheuse au Centre Energie de l’Institut français des relations internationales (Ifri). L’accès à l’électricité est la condition préalable au
développement économique, social et environnemental. » En effet, comment faire reculer la mortalité maternelle quand les accouchements se font à la lampe frontale, comment garantir la sécurité alimentaire quand de la nourriture est gâchée faute de conservation correcte, ou encore améliorer l’éducation alors que les écoliers ne disposent pas de lumière pour réviser leurs leçons ?

« Les femmes en particulier payent le prix fort de l’absence d’électricité, poursuit la chercheuse, car ce sont elles qui vivent dans les fumées des poêles à bois et des lampes au kérosène. Elles y laissent leur santé et perdent des heures à ramasser du bois alors qu’elles pourraient se consacrer à l’éducation des enfants ou à la gestion d’une entreprise. » 


Chaque année 80 millions de personnes supplémentaires accèdent à l’électricité. C’est peu. L’Agence internationale pour l’énergie (AIE) estime qu’à ce rythme-là, 810 millions de personnes seront toujours (...)

Lire l’intégralité de cet article dans notre magazine.

[1] Les 17 Objectifs de développement durable doivent éradiquer les grandes détresses humaines, pauvreté, famine, maladie, et protéger la planète d’ici 2030. Ils remplacent les Objectifs du millénaire adoptés pour 15 ans en 2000. Le 7e objectif de développement durable vise à « garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable ».


13 avril 2020

Grand Corps Malade - EFFETS SECONDAIRES

(vidéo Lyrics) 3min. 45

https://youtu.be/4UX6Wsr8GMU


Quand l’Univers et le Coronavirus (Coco pour les intimes) discutent…


 Coco : Univers, pourquoi me mettre dans le pangolin ?
Univers : Cet animal, Corona, est en voie d’extinction. Et pourtant, les hommes continuent de le braconner et de le manger. … Ce sera la 1ère étape de ma leçon

Coco : D’accord, Univers. Pourquoi tu veux que ça commence en Chine?
Univers : La Chine est le symbole de la mondialisation et de la production de masse, petit. Ce pays est surpeuplé, il produit en masse et pollue en masse…

Coco : C’est vrai, Univers… Mais en même temps c’est parce que les autres pays y ont un intérêt financier aussi, non ?
Univers : Oui petit, c’est pour cela que ta mission va être de te répandre partout dans le monde, et principalement dans tous les pays concernés par ce système, l’Europe, les US, les pays producteurs de pétrole…

Coco : Quelle forme vas tu me donner, Univers ?
Univers : Celle d’un virus qui va principalement infecter les voies respiratoires.

Coco  : Mais pourquoi Univers ?
Univers : Petit, vois-tu, de nos jours, les hommes mettent en danger la planète. La pollution est devenue trop importante mais l’humanité n’en mesure pas l’ampleur. Quoi de plus symbolique que la respiration petit, tu comprends ?

Coco : Oui mais ça veut dire que je vais être dangereux, Univers ?
Univers : Tu ne le seras pas plus que plein d’autres maladies existantes petit, et tu le seras bien moins que la pollution elle-même qui génère des milliers de morts ! Mais la différence c’est que toi, tu seras visible…

Coco : D’accord, Univers. Mais tu crois que ça va marcher ton truc là alors, je comprends pas comment ?
Univers : Tu as raison, petit. C’est pour cela que je vais te rendre très contagieux. Tu vas vite te propager. La vitesse de propagation sera bien supérieure à ta dangerosité.

Coco : Ok, mais alors, si je suis pas si dangereux, tu crois qu’ils vont avoir peur de moi ?
Univers : Oh oui, petit, fais-moi confiance. C’est sur cela d’ailleurs que je compte pour faire évoluer les mentalités : la peur.
Ce n’est que quand l’homme a peur, qu’il peut changer ensuite…

Coco : Tu crois ?
Univers : Oui petit, et je vais ajouter tout un contexte pour amplifier la peur et les prises de conscience.

Coco : Quoi Univers …?
Univers : La peur va tellement prendre le dessus que l’on confinera les gens chez eux, tu verras. Le monde sera à l’arrêt. Les écoles seront fermées, les lieux publics, les gens ne pourront plus aller travailler. Les croisières, les avions, les moyens de transport seront vides…

Coco : oh la la, Univers, tu vas loin, mais qu’espères-tu de cela ?
Univers : Que le monde change, petit ! Que Terre Mère soit respectée ! Que les gens prennent conscience de la bêtise humaine, des incohérences des modes de vie et qu’ils prennent le temps de réfléchir à tout cela … Qu’ils arrêtent de courir, découvrent qu’ils ont une famille et des enfants et du temps avec eux. Qu’ils ne puissent plus recourir aux suractivités extérieures car elles seront fermées. Se reconnecter à soi, à sa famille, ça aussi, petit, c’est essentiel…

Coco : Ok mais ça va être dangereux, l’économie va s’effondrer….
Univers : Oui petit, il y aura de grosses conséquences économiques. Mais il faut passer par là. C’est en touchant à cela aussi, que le monde, je l’espère, va prendre conscience de ses incohérences de fonctionnement. Les gens vont devoir revenir à un mode de vie minimaliste, ils vont devoir retourner au local, et je l’espère à l’entraide…

Coco : Comment vais-je me transmettre ?
Univers : Par le contact humain. Si les gens s’embrassent, se touchent…

Coco : Bizarre, Univers, là je ne te suis pas, tu veux recréer du lien mais tu éloignes les gens ?
Univers : Petit, regarde aujourd’hui comment les hommes fonctionnent. Tu crois que le lien existe encore ? Le lien passe par le virtuel et les écrans. Même quand les hommes se promènent, ils ne regardent plus la nature mais leur téléphone… A part s’embrasser, il ne restait plus grand chose du lien… alors je vais couper ce qui leur restait de lien et je vais exagérer leur travers … en restant confinés chez eux, fort à parier qu’au départ, ils se régalent des écrans mais qu’au bout de plusieurs jours ils satureront… lèveront les yeux… découvriront qu’ils ont une famille, des voisins … et qu’ils ouvriront leur fenêtre pour juste regarder la nature …

Coco  : Tu es dur Univers, tu aurais pu alerter avant de taper aussi fort…
Univers : Mais corona, avant toi j’ai envoyé plein d’autres petits … mais justement c’était trop localisé et pas assez fort…

Coco : Tu es sûr que les hommes vont comprendre cette fois alors ?
Univers : Je ne sais pas Corona… je l’espère… Terre Mère est en danger… si cela ne suffit pas, je ferai tout pour la sauver, il y a d’autres petits qui attendent … mais j’ai confiance en toi Corona… et puis les effets se feront vite sentir … tu verras la pollution diminuera et ça fera réfléchir, les hommes sont très intelligents, j’ai aussi confiance en leur potentiel d’éveil… en leur potentiel de création de nouveaux possibles … ils verront que la pollution aura chuté de manière exceptionnelle, que les risques de pénurie sont réels à force d’avoir trop délocalisé, que le vrai luxe ce n’est plus l’argent mais le temps… il faut un burn out mondial, petit, car l’humanité n’en peut  plus de ce système, mais est trop dans l’engrenage pour en prendre conscience… à toi de jouer…

Coco : Merci Univers… alors j’y vais…

©️ Nana Ads

10 avril 2020

Nos sociétés individualistes en question ?

 "La distanciation sociale ne veut pas dire méfiance. Dans la rue, On ne se sourit plus, l'autre est une source d'angoisse." (Mark Hunyadi)

“Le numérique se révèle être le plus grand prescripteur d’attente de comportement de notre civilisation. Puisqu’il devient médiation obligée entre nous et le monde, il définis ce qu'il faut attendre de nous, de nous en tant que citoyen, de nous en tant qu’être humain.
C'est le numérique qui décide de comment nous devons nous comporter.”
(Mark Hunyadi)



Professeur de philosophie morale et politique à l'Université catholique de Louvain, auteur de La tyrannie des modes de vie (Editions Le Bord de l'eau), Mark Hunyadi est un intellectuel qui refuse de vivre dans sa tour d'ivoire. De plain-pied dans la société contemporaine, il est passionné par la question de la morale. Il est aussi l'auteur d'une réflexion sur l'éthique et la biotechnologie. Observateur, l'homme est aussi engagé dans un combat politique, au sens noble du mot.

Mark Hunyadi formule un constat : « L'éthique est le maître mot, l'éthique est sur toutes les bouches : les chartes éthiques se multiplient, dans les écoles, sur les lieux de travail, dans les institutions ; les commissions éthiques pullulent, qui cadrent les décisions potentiellement dangereuses ; les labels certifient l'équité des produits de consommation ; le politique est scruté aux lunettes de la morale ; toutes nos déclarations publiques sont mesurées à l'aune du politiquement correct, éthique de la juste pensée ».

Mais cette éthique aux multiples visages, cette course à la norme ne remet pas en cause « la marche en avant de l'immense machine qui dévore ceux qui l'utilisent », écrit Mark Hunyadi. Elle ne fait que l'accompagner. Une constatation qu'il formule dans une phrase qui fait mouche : « On a sécurisé la roue du hamster, nous pouvons y tourner en toute quiétude ».
(...)

« L'idéologie technologique »

A l'ère du numérique, Mark Hunyadi s'interroge : « Est-ce vraiment, d'une manière générale, le progrès technologique qui constitue notre salut ? ». Provocateur, il se demande s'il n'y a pas mieux à faire « même du point de vue de notre confort, que d'envahir notre environnement de nanoparticules servant à raffermir nos balles de tennis, à rendre transparentes nos crèmes solaires, plus fluides nos yoghourts et inodores nos chaussettes ? » Assurément si. Il y a mieux à faire.

Mais aucun comité d'éthique ne remet en cause « l'idéologie technologique ». Au nom du progrès. Mais de quel progrès parle-t-on? Les peuples doivent s'emparer de la question et y répondre afin de dire dans quelle société ils veulent vivre vraiment. Il faut un « agir collectif », souligne l'auteur avant de formuler une proposition.

Pour atteindre cet objectif, il ne faut pas attendre de « grand soir », de révolution, de grandes théories fumeuses. Il faut mettre en place une instance politique à l'échelle européenne au sein de laquelle nous pourrions tous nous poser la question de notre mode de vie.

Pourquoi pas un « Parlement des modes de vie » ? « Au destin fatal de l'engrènement mécanique des libertés individuelles débouchant sur la tyrannie des modes de vie, se substituerait le choix commun d'options mûrement débattues », espère Mark Hunyadi.

http://www.rfi.fr/fr/culture/20150903-idees-ethique-tyrannie-modes-vie-mark-hunyadi-philosophie-morale

L'écouter aussi dans l'émission "Ce Qui Fait Débat" de la RTBF https://www.rtbf.be/auvio/detail_cqfd-ce-qui-fait-debat?id=2620924

Le soin sorti de l’ombre

Extraits d’une lettre de

Michel Dupuis, philosophe, professeur à l’UCLouvain et à l’ULiège 
dans le courrier des lecteurs de La Libre du 7 avril 2020

La crise sanitaire nous fait ressentir et voir bien des choses !
Et des choses habituellement dans l’ombre, tout à coup, apparaissent. La crise révèle. Elle renouvelle le regard. Elle fait voir l’invisible, et surtout elle fait apparaître les "invisibles", toutes ces personnes qui soutiennent la vie au quotidien en étant confinées dans des activités peu valorisées - peut-être même des "sales boulots".
Il me semble que la crise inédite que nous vivons nous apporte sa révélation bien à elle : elle nous fait voir des femmes et des hommes dont la fonction ne recevait pas l’attention qui lui est due. Je pense ici à l’ensemble des professionnels dans les métiers du soin.

Je pense évidemment au personnel "soignant" au sens habituel, au monde des soins de santé, c’est la moindre des choses ! Mais pas uniquement. Je pense aussi à celles et ceux qui pratiquent de "petits" métiers invisibles ou si peu remarqués, alors qu’ils rendent vivables nos vies. Nous sommes en confinement, nous disparaissons des espaces publics et voilà qu’apparaissent celles et ceux dont nous avons besoin : qui fabriquent, qui transportent et qui distribuent notre alimentation, nos médicaments, nos loisirs, notre information, nos déchets, et notre courrier, etc. Sans oublier les enseignants et les personnes qui gardent nos enfants. Tout cela est réellement du soin, social, sanitaire, psychique… La crise révèle un secret que nous gardions dans le cœur, mais dont il était convenu qu’on ne parle pas, et que chacun formulera à voix basse, comme il le veut : "que serais-je sans vous toutes et tous" ?
Les travailleurs essentiels, les oubliés qui font le soin quotidien sont remis en lumière. Ce qui importait il y a encore quelques semaines, bascule et devient très secondaire, disparaît des regards et des communiqués de presse. Ce qui ne comptait guère devient visible et saute aux yeux.

Le soin n’est-il pas l’unique nécessaire, qui se réalise concrètement en gestes, en mots et en pensées ? Le soin n’est-il pas le fond - les anciens Chinois disaient la racine -, la condition du vivre ? Ainsi, la crise nous ouvre les yeux sur un monde plus vrai, plus subtil, plus nuancé : les métiers les plus importants, les activités qui comptent, les gestes qui sauvent, ne sont pas ceux qu’on croyait. Aujourd’hui, nous saluons enfin les personnes qui assurent les soins de santé, et nous nous rendons compte que leur travail rejoint celui d’autres travailleurs, souvent peu qualifiés, dont le service est indispensable.
Les invisibles devenus visibles ne retourneront pas dans l’ombre. On doit y veiller, car la crise nous aura forcés à faire un pas de plus dans l’humanisation de nos sociétés. Notre fraternité passe par la reconnaissance de la dignité et de l’interdépendance de chacun-chacune. 


09 avril 2020

Coronavirus : La Sophrologie pour s'apaiser...

Le Covid-19 et le confinement qui en découle, peuvent avoir un impact important et normal sur nous.
Rester confiné chez soi pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines peut entrainer un état de stress important car nous nous confrontons à la solitude, à l’ennui, ou encore à un climat de tensions familiales, ou bien, à nos propres émotions !

De façon générale, il est possible de surmonter cette épreuve avec des exercices de respiration.

La Vie nous demande de revenir à l'essentiel ! à notre Souffle !

Le Souffle nous dynamise, il nous invite à respirer en conscience, ce qui dépasse la notion d'un simple exercice.
Respirer en conscience devient un acte d'unité, au grand pouvoir guérisseur, qui nous rapproche de notre Soi, de notre Source !
Notre Respiration contient tout, le mouvement de Vie et notre Force Essentielle...
Respirer c'est se remplir d'oxygène mais aussi de cette énergie de Vie.

Pour nous aider à nous remplir de Force Vitale, Nathalie Josseiin , Sophrologue, Formatrice Mandala, partage son
petit guide "Etre au coeur de Soi".










05 avril 2020

Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production avant-crise

Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre: « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Par Bruno Latour
4 avril 2020

Il y a peut-être quelque chose d’inconvenant à se projeter dans l’après-crise alors que le personnel de santé est, comme on dit, « sur le front », que des millions de gens perdent leur emploi et que beaucoup de familles endeuillées ne peuvent même pas enterrer leurs morts. Et pourtant, c’est bien maintenant qu’il faut se battre pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique contre lequel nous essayions jusqu’ici, assez vainement, de lutter.

En effet, la crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre. En tout cas, ce serait dommage de ne pas se servir de la crise sanitaire pour découvrir d’autres moyens d’entrer dans la mutation écologique autrement qu’à l’aveugle.

La première leçon du coronavirus est aussi la plus stupéfiante : la preuve est faite, en effet, qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger. À tous les arguments des écologiques sur l’infléchissement de nos modes de vie, on opposait toujours l’argument de la force irréversible du « train du progrès » que rien ne pouvait faire sortir de ses rails, « à cause », disait-on, « de la globalisation ». Or, c’est justement son caractère globalisé qui rend si fragile ce fameux développement, susceptible au contraire de freiner puis de s’arrêter d’un coup.

En effet, il n’y a pas que les multinationales ou les accords commerciaux ou internet ou les tour operators pour globaliser la planète : chaque entité de cette même planète possède une façon bien à elle d’accrocher ensemble les autres éléments qui composent, à un moment donné, le collectif. Cela est vrai du CO2 qui réchauffe l’atmosphère globale par sa diffusion dans l’air ; des oiseaux migrateurs qui transportent de nouvelles formes de grippe ; mais cela est vrai aussi, nous le réapprenons douloureusement, du coronavirus dont la capacité à relier « tous les humains » passe par le truchement apparemment inoffensif de nos divers crachotis. A globalisateur, globalisateur et demi : question de resocialiser des milliards d’humains, les microbes se posent un peu là !

Cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage.

D’où cette découverte incroyable : il y avait bien dans le système économique mondial, caché de tous, un signal d’alarme rouge vif avec une bonne grosse poignée d’acier trempée que les chefs d’État, chacun à son tour, pouvaient tirer d’un coup pour stopper « le train du progrès » dans un grand crissement de freins. Si la demande de virer de bord à 90 degrés pour atterrir sur terre paraissait encore en janvier une douce illusion, elle devient beaucoup plus réaliste : tout automobiliste sait que pour avoir une chance de donner un grand coup de volant salvateur sans aller dans le décor, il vaut mieux avoir d’abord ralenti…

Malheureusement, cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage. Les globalisateurs, ceux qui depuis le mitan du XXe siècle ont inventé l’idée de s’échapper des contraintes planétaires, eux aussi, y voient une chance formidable de rompre encore plus radicalement avec ce qui reste d’obstacles à leur fuite hors du monde. L’occasion est trop belle, pour eux, de se défaire du reste de l’État-providence, du filet de sécurité des plus pauvres, de ce qui demeure encore des réglementations contre la pollution, et, plus cyniquement, de se débarrasser de tous ces gens surnuméraires qui encombrent la planète[1].

N’oublions pas, en effet, que l’on doit faire l’hypothèse que ces globalisateurs sont conscients de la mutation écologique et que tous leurs efforts, depuis cinquante ans, consistent en même temps à nier l’importance du changement climatique, mais aussi à échapper à ses conséquences en constituant des bastions fortifiés de privilèges qui doivent rester inaccessibles à tous ceux qu’il va bien falloir laisser en plan. Le grand rêve moderniste du partage universel des « fruits du progrès », ils ne sont pas assez naïfs pour y croire, mais, ce qui est nouveau, ils sont assez francs pour ne même pas en donner l’illusion. Ce sont eux qui s’expriment chaque jour sur Fox News et qui gouvernent tous les États climato-sceptiques de la planète de Moscou à Brasilia et de New Delhi à Washington en passant par Londres.

Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause.

Ce qui rend la situation actuelle tellement dangereuse, ce n’est pas seulement les morts qui s’accumulent chaque jour davantage, c’est la suspension générale d’un système économique qui donne donc à ceux qui veulent aller beaucoup plus loin dans la fuite hors du monde planétaire, une occasion merveilleuse de « tout remettre en cause ». Il ne faut pas oublier que ce qui rend les globalisateurs tellement dangereux, c’est qu’ils savent forcément qu’ils ont perdu, que le déni de la mutation climatique ne peut pas durer indéfiniment, qu’il n’y a plus aucune chance de réconcilier leur « développement » avec les diverses enveloppes de la planète dans laquelle il faudra bien finir par insérer l’économie. C’est ce qui les rend prêts à tout tenter pour extraire une dernière fois les conditions qui vont leur permettre de durer un peu plus longtemps et de se mettre à l’abri eux et leurs enfants. « L’arrêt de monde », ce coup de frein, cette pause imprévue, leur donne une occasion de fuir plus vite et plus loin qu’ils ne l’auraient jamais imaginé[2]. Les révolutionnaires, pour le moment, ce sont eux.

C’est là que nous devons agir. Si l’occasion s’ouvre à eux, elle s’ouvre à nous aussi. Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Par exemple, l’autre jour, on présentait à la télévision un fleuriste hollandais, les larmes aux yeux, obligé de jeter des tonnes de tulipes prêtes à l’envoi qu’il ne pouvait plus expédier par avion dans le monde entier faute de client. On ne peut que le plaindre, bien sûr ; il est juste qu’il soit indemnisé. Mais ensuite la caméra reculait montrant que ses tulipes, il les fait pousser hors-sol sous lumière artificielle avant de les livrer aux avions cargo de Schiphol dans une pluie de kérosène ; de là, l’expression d’un doute : « Mais est-il bien utile de prolonger cette façon de produire et de vendre ce type de fleurs ? ».

Nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation.

De fil en aiguille, si nous commençons, chacun pour notre compte, à poser de telles questions sur tous les aspects de notre système de production, nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation – aussi efficaces, millions que nous sommes, que le fameux coronavirus dans sa façon bien à lui de globaliser la planète. Ce que le virus obtient par d’humbles crachotis de bouches en bouches – la suspension de l’économie mondiale –, nous commençons à l’imaginer par nos petits gestes insignifiants mis, eux aussi, bout à bout : à savoir la suspension du système de production. En nous posant ce genre de questions, chacun d’entre nous se met à imaginer des gestes barrières mais pas seulement contre le virus : contre chaque élément d’un mode de production dont nous ne souhaitons pas la reprise.

C’est qu’il ne s’agit plus de reprendre ou d’infléchir un système de production, mais de sortir de la production comme principe unique de rapport au monde. Il ne s’agit pas de révolution, mais de dissolution, pixel après pixel. Comme le montre Pierre Charbonnier, après cent ans de socialisme limité à la seule redistribution des bienfaits de l’économie, il serait peut-être temps d’inventer un socialisme qui conteste la production elle-même. C’est que l’injustice ne se limite pas à la seule redistribution des fruits du progrès, mais à la façon même de faire fructifier la planète. Ce qui ne veut pas dire décroître ou vivre d’amour ou d’eau fraîche, mais apprendre à sélectionner chaque segment de ce fameux système prétendument irréversible, de mettre en cause chacune des connections soi-disant indispensables, et d’éprouver de proche en proche ce qui est désirable et ce qui a cessé de l’être.

D’où l’importance capitale d’utiliser ce temps de confinement imposé pour décrire, d’abord chacun pour soi, puis en groupe, ce à quoi nous sommes attachés ; ce dont nous sommes prêts à nous libérer ; les chaînes que nous sommes prêts à reconstituer et celles que, par notre comportement, nous sommes décidés à interrompre[3]. Les globalisateurs, eux, semblent avoir une idée très précise de ce qu’ils veulent voir renaître après la reprise : la même chose en pire, industries pétrolières et bateaux de croisière géants en prime. C’est à nous de leur opposer un contre-inventaire. Si en un mois ou deux, des milliards d’humains sont capables, sur un coup de sifflet, d’apprendre la nouvelle « distance sociale », de s’éloigner pour être plus solidaires, de rester chez soi pour ne pas encombrer les hôpitaux, on imagine assez bien la puissance de transformation de ces nouveaux gestes-barrières dressés contre la reprise à l’identique, ou pire, contre un nouveau coup de butoir de ceux qui veulent échapper pour de bon à l’attraction terrestre.

Un outil pour aider au discernement

Comme il est toujours bon de lier un argument à des exercices pratiques, proposons aux lecteurs d’essayer de répondre à ce petit inventaire. Il sera d’autant plus utile qu’il portera sur une expérience personnelle directement vécue. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer une opinion qui vous viendrait à l’esprit, mais de décrire une situation et peut-être de la prolonger par une petite enquête. C’est seulement par la suite, si vous vous donnez les moyens de combiner les réponses pour composer le paysage créé par la superposition des descriptions, que vous déboucherez sur une expression politique incarnée et concrète — mais pas avant.

Attention : ceci n’est pas un questionnaire, il ne s’agit pas d’un sondage. C’est une aide à l’auto-description [3].

Il s’agit de faire la liste des activités dont vous vous sentez privés par la crise actuelle et qui vous donnent la sensation d’une atteinte à vos conditions essentielles de subsistance. Pour chaque activité, pouvez-vous indiquer si vous aimeriez que celles-ci reprennent à l’identique (comme avant), mieux, ou qu’elles ne reprennent pas du tout.

Répondez aux questions suivantes :

Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 1.)

Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 4.)

Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?

(Trouvez ensuite un moyen pour comparer votre description avec celles d’autres participants. La compilation puis la superposition des réponses devraient dessiner peu à peu un paysage composé de lignes de conflits, d’alliances, de controverses et d’oppositions.)
________________

[1] Voir l’article sur les lobbyistes déchaînés aux Etats-Unis par Matt Stoller, « The coronavirus relief bill could turn into a corporate coup if we aren’t careful », The Guardian, 24.03.20.

[2] Danowski, Deborah, de Castro, Eduardo Viveiros, « L’arrêt de monde », in De l’univers clos au monde infini (textes réunis et présentés). Ed. Hache, Emilie. Paris, Editions Dehors, 2014. 221-339.

[3] L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris, La Découverte, 2017 et développés depuis par le consortium Où atterrir http://www.bruno-latour.fr/fr/node/841.html


Comment un cordonnier palestinien a lancé une fabrique de masques

Ce qui a débuté comme une expérience du cordonnier quelques jours après l’apparition du coronavirus en Cisjordanie s’est mué aujourd’hui en une entreprise produisant quotidiennement des milliers de masques.

Par Suha Arraf, 23 mars 2020
(Courtesy of Amjad Zaghir)
https://charleroi-pourlapalestine.be/index.php/2020/03/25/comment-un-cordonnier-palestinien-a-lance-une-fabrique-de-masques/

Amjad Zaghir, le seul fabricant de masques en Cisjordanie, dans son atelier de Hébron. (Photo : avec l’autorisation d’Amjad Zaghir)
Deux jours après l’apparition du nouveau coronavirus à Bethléem, Amjad Zaghir,  propriétaire d’un atelier de fabrication de chaussures à Hébron, en Palestine, a compris que la Cisjordanie n’allait pas tarder à être à court de masques faciaux.

Moins de trois semaines plus tard, il est le seul fabricant de masques sur place.

La fabrique de Zaghir, qu’il a lancée du jour au lendemain, produit désormais des milliers de masques par jour et a fait de lui un héros national du fait qu’il aide les Palestiniens à se protéger du virus.
Zaghir s’est mis au travail dès qu’a éclaté la nouvelle des premiers cas diagnostiqués de COVID-19 à Bethléem. Il a
acheté un masque et s’est mis à l’étudier en l’examinant sous toutes les coutures.
Initialement, il pensait pouvoir le recréer à l’aide de certains des matériaux qu’il utilise en cordonnerie.
« J’ai contacté un ami pharmacien et lui ai demandé quels étaient les matériaux utilisés pour confectionner des masques »,
rappelle Zaghir.
« Mon ami m’a expliqué que ce que nous utilisions en cordonnerie ne convenait pas et il m’a orienté dans la bonne direction. »
Zaghir s’est alors mis en quête du tissu adéquat dans la région de Hébron.
Il est tombé sur un vendeur qui en avait acheté en Turquie l’année précédente, mais ne l’avait pas utilisé, parce que cela coûtait moins d’importer des masques de Chine que de les produire soi-même à Hébron.
Zaghir a acheté le tissu, dont son ami le pharmacien a confirmé que c’était bien le matériel qu’il fallait.
« J’ai d’abord essayé de coudre les masques en utilisant la même machine que pour les chaussures. Mais la tentative a échoué parce que le tissu pour les masques était trop fin et qu’il se déchirait facilement »,
explique Zaghir.
« J’ai également essayé de repasser le tissu pour créer les plis, mais j’ai fini par le brûler. »
Zaghir a alors tenté de le repasser en recourant au pressing.

« Ça n’a pas marché non plus », dit-il. « Le tissu délicat ne résistait pas à la chaleur élevée. »

Mais Zaghir n’a pas renoncé – surtout lorsqu’il a appris que les masques commençaient à manquer, en Cisjordanie, et qu’il pourrait d’agir d’une occasion en or.
À trente ans, en tant que descendant d’une famille de marchands qui a hérité cette affaire de chaussures remontant à son arrière-grand-père, Zaghir possède un excellent sens des affaires.

Toutefois, ce n’est pas simplement le profit qui l’a motivé.
« Il s’agit d’aider mon peuple et c’est une façon de créer des opportunités d’emploi »,
dit-il.
« Il y a une crise, à Hébron, et il y a beaucoup de chômeurs. »
Zaghir a voyagé à travers la ville, demandant des conseils dans des ateliers de couture et auprès de pharmaciens.
Finalement, il a découvert qu’il existait en ville une machine capable de plier les masques sans avoir à les repasser.
Pour modérer les effets de la haute température (400 degrés Celsius), il a alors enfermé les masques en sandwich entre des couches de papier. Et l’expérience a réussi.
« Le premier jour, je ne suis parvenu qu’à fabriquer 500 masques »,
dit-il.
« Le lendemain, j’en ai fait 1 000 de plus. J’ai alors engagé 20 travailleurs pour augmenter la production. »
15 mars 2020. Des travailleurs désinfectent un centre commercial à Hébron, dans le cadre des mesures en vue d’empêcher la propagation du coronavirus.



(Photo : Wisam Hashlamoun/Flash90)


Le nom de l’entreprise est Zaghir, ce qui signifie « petit », en arabe.
Et, alors que l’usine même peut en effet être petite, elle est devenue la première et unique entreprise en son genre en Palestine, et elle manufacture entre 7 000 et 9 000 masques par jour.
Zaghir n’est pas satisfait des quantités, toutefois.

Dès la semaine prochaine, il a prévu d’acroître un peu plus la production afin de pouvoir suivre la demande. Il a déjà trouvé un atelier vide, dans lequel il va très bientôt installer du personnel, ajoute-t-il.
Les masques se sont vendus bien mieux que des petits pains, explique Zaghir.
Il les vend aux employés du gouvernement, aux hôpitaux et même à la police palestinienne ; ce seul samedi, il a fourni 5 000 masques à la police de Naplouse.
Pour ces institutions officielles, il vend les masques à un prix symbolique de 1,50 NIS (0,38 €) – un prix déterminé par le gouverneur de Hébron. Pour les pharmacies et les autres vendeurs, le prix est différent.

« J’ai commencé par recevoir des demandes de Jordanie, du Koweït, des pays du Golfe et du Canada », dit-il.

« Même des vendeurs israéliens se sont adressés à moi pour acheter mes masques, mais je n’ai pas assez d’ouvriers. J’espère pouvoir livrer à tout le monde. »
Le matériau utilisé par Zaghir va bientôt faire défaut, cependant. Il en a déjà commandé davantage, mais les pays ont fermé leurs frontières afin d’endiguer la propagation du coronavirus.
La pandémie a également touché la Turquie, d’où le matériau doit être exporté.
Mais il en faut plus pour perturber Zaghir.
« J’ai confiance : Je parviendrai à faire entrer les matériaux. J’ai contacté la Chambre palestinienne de commerce qui, à son tour, a appelé la Chambre israélienne de commerce, qui a alors contacté les douanes et les autres autorités à propos de cette question »,
dit-il.
« C’est une crise de la santé, une pandémie mondiale, un état d’urgence. Ce ne sont pas simplement les affaires, comme d’habitude, et c’est pourquoi j’ai confiance : Ils me laisseront importer les marchandises. »
Zaghir croit que, dans une semaine, il sera à même de produire quelque 100 000 masques par jour.
« Aujourd’hui, j’ai essayé une nouvelle technique de couture qui s’est avérée efficace, et nous avons fabriqué 15 000 masques. C’est le plus gros chiffre depuis que nous avons débuté la production »,
dit-il.
« Mon masque est unique, il ne ressemble à aucun autre masque dans le monde. Toute personne qui tombera sur ce masque saura immédiatement qu’il a été fabriqué à al-Khalil (Hébron) »,
ajoute-t-il.

Publié le 23 mars 2020 sur +972magazine


Traduction : Jean-Marie Flémal
Suha Arraf


Suha Arraf (1969) est directrice, scénariste et productrice. Elle écrit sur la société arabe, la culture palestinienne et le féminisme.


04 avril 2020

Les "récalcitrants" révèlent nos difficultés à vivre réellement la démocratie

Prenons soin de nous !

Bernard Defrance, philosophe.

L'erreur cachée, mais massive et constante, de tous les messages et de toutes les injonctions à respecter confinement, distanciation sociale et gestes d'hygiène est de s'exprimer sous la forme impérative de... l'impératif ! grammatical en deuxième personne du pluriel : "Restez à la maison !" au coin de certains de nos écrans... Mais immanquablement, même inconsciemment sans doute, le récepteur du message ne peut que se poser la question : mais qui parle ? qui est le sujet de cet impératif ? son autorité est-elle, non seulement légale, mais légitime ? Le donneur d'ordre apparaît ainsi comme se plaçant en surplomb vertical à l'égard du destinataire du message et s'étonne ensuite, naïvement, de l'inévitable résistance qu'il suscite ; laquelle le conforte dans l'illusion qu'il sera plus efficace en renforçant l'injonction, en moralisant les "inconscients", et en brandissant menaces d'amendes voir carrément de prison ! Alors même que la situation sanitaire en prison risque de tourner à la catastrophe et qu'on va se trouver sans doute dans l'obligation de libérer les détenus en courtes ou fins de peine, voire non encore jugés, présumés innocents !
On retrouve cette perversion hiérarchique anti-démocratique dans tous les replis des systèmes de "communication", profondément intériorisée par le mode patriarcal de l'éducation en famille et par le mode magistral de l'instruction à l'école. La résistance d'une infime minorité à l'infantilisation permanente du plus grand nombre ne fait que mettre en lumière la résignation de ce plus grand nombre… (…)

Ivan Illich demandait que l'on déscolarise la société (et non une société sans école !). Je demande plus modestement, en tant que citoyen de plein droit, que l'on cesse de me donner des ordres et de me noter. Je demande tout simplement, au moins dans un premier temps, que le "Restez chez vous !" devienne "Restons chez nous !". Passons tous les messages actuellement télévisés à la première personne du pluriel : "Utilisons un mouchoir à usage unique", "Gardons nos distances par solidarité réciproque", "En cas de symptômes, nous appelons le Samu..." etc. Un simple point de grammaire qui pourrait enfin commencer à donner un sens à notre devise républicaine. Prenons soin de nous ! ce qui réconcilie égoïsme nécessaire et solidarité à enjeu vital.

Bernard Defrance, philosophe. 

Repris de l'AUBERGE PÉDAGOGIQUE ANTIVIRALE DU GREN

Nous trouvant dans une formidable expérience de vivre, en vrai, un phénomène qui concerne le monde entier… avec une invention possible de nouvelles solidarités et de nouvelles façons de vivre et travailler, nous proposons, ici, des actions pour agir en cette période de pandémie. L’Éducation nouvelle est créatrice de trésors de solidarité et d’apprentissage à celle-la !
Cherchons, inventons, partageons ces trésors et les questions qui peuvent les accompagner !
Envoyons nos trouvailles à l’ adresse : GREN. Pénétrons dans l’auberge… servons-nous ! Partageons ! BIENVENUE !

03 avril 2020

Le coronavirus ou comment les crises bouleversent nos modèles mentaux

Philippe Silberzahn
Publié le 16 mars 2020


Je suis loin de partager tout ce qui est écrit dans cet articles, mais des passages m'ont paru intéressants. 
Voici donc des Extraits que j'ai choisi.

Le coronavirus constitue une surprise majeure qui bouleverse complètement la vie mondiale, rendant obsolètes en quelques semaines toutes les prévisions et les plans basés sur ces dernières. Le propre d’une surprise est de mettre en lumière un élément de nos modèles mentaux (croyances profondes qui guident notre action) et de l’invalider.
Lorsqu’il y a une différence entre la réalité et nos croyances, nous essayons à tout prix de maintenir ces dernières en inventant toute sortes de raisons pour minimiser la signification de la surprise; il en va de notre intégrité car nos modèles mentaux sont constitutifs de notre identité profonde.
Si la surprise montre un décalage très important entre une croyance et la réalité, elle constitue ce que le spécialiste de la théorie des organisations Karl Weick appelle un épisode cosmologique, c’est-à-dire un choc particulièrement grave qui peut remettre en question notre identité-même: le décalage est trop important pour pouvoir être nié et l’événement est tellement inattendu et puissant qu’il ne peut être interprété par nos modèles mentaux existants, entraînant leur effondrement et celui de notre identité par la même occasion.

le propre d’un modèle mental est de n’être pas vu comme un modèle, mais comme une série de vérités universelles et éternelles.

Nous vivons une époque compliquée confrontée à de nombreux défis. Les modèles mentaux sont bouleversés et nous progressons dans le monde qui émerge comme des somnambules. Nul ne sait ce qui va émerger. Il y a cinquante ans, le sociologue Saul Alinsky avait défini les règles à appliquer par celui qui voulait sincèrement changer le monde. La première, fondamentale, était celle de sa posture: accepter la réalité telle qu’elle est, et ne pas dénigrer ce que l’on veut faire changer. Le dénigrement, observait-il, était la meilleure façon que le système se bloque, laissant la place à la violence comme seul moyen de le débloquer. Pouvons-nous entendre ce message et cesser de penser que le progrès d’une cause passe forcément par le dénigrement de la cause adverse, ou pire encore, par l’invention d’une cause adverse? C’est une discipline que chacun devrait s’imposer à soi-même.

L’ancien président américain Barack Obama répondait à une question sur la calling out culture, c’est à dire la pratique consistant à dénoncer publiquement ses opposants comme moralement indignes, de plus en plus répandue de nos jours, la plupart du temps sur les réseaux sociaux. Sa réponse vaut la peine d’être écoutée par quiconque se pose la question: « Comment changer le monde? »
En substance, il leur dit que dénoncer ne suffit pas. « Si tout ce que vous faites c’est jeter des pierres, vous n’irez pas loin. Vous n’allez pas changer le monde. »
Obama ajoute: « Une croyance répandue aujourd’hui c’est que la façon pour moi de changer les choses est d’être autant que possible dans le jugement à propos des autres; je dénonce quelqu’un, puis je me rassois dans mon fauteuil; je me sens bien. »

La réponse d’Obama n’est en fait guère étonnante lorsque l’on sait qu’il s’est nourri des écrits du sociologue Saul Alinky, auteur de Rules for radicals, la bible des activistes des années 70.
Sa crainte est que les activistes ne se réfugient dans la dénonciation morale des injustices qu’ils constatent.

Dans des lignes prophétiques, Alinksy expliquait ainsi comment, si la gauche se réfugiait dans l’indignation morale, elle abandonnerait les classes populaires à la droite nationale, ce qui s’est progressivement passé à partir des années 70 avec Nixon puis surtout aujourd’hui Trump. Ce dernier émerge donc en partie d’un échec de méthode de la gauche américaine depuis cette époque. Cinquante ans après, on demeure fasciné par la pertinence des écrits d’Alinsky.

Changer le monde est avant tout affaire de posture. De façon de voir le monde qu’on veut changer. Et les principes sont simples. D’abord travailler sur les modèles mentaux, les façons de penser: le changement radical commence dans les têtes, pas dans la rue; Ensuite, partir de la réalité, et pour cela l’accepter pleinement, plutôt que la nier en exigeant un monde idéal sans concession possible; enfin, travailler avec les autres en se mettant d’accord sur les modèles mentaux partagés, ce qui suppose humilité et compromis.

Le coronavirus ou comment les crises bouleversent nos modèles mentaux. 
Philippe Silberzahn, 16  mars 2020.
Dans



http://www.education-nouvelle.ch/auberge-pedagogique-antivirale/

02 avril 2020

Un Boléro de Ravel en confinement avec les musiciens de l'Orchestre National de France

Dans la période délicate que nous traversons, les musiciens de l'Orchestre National de France ont souhaité, malgré la distance, jouer ensemble pour offrir et partager avec chacun ce qu'ils savent le mieux faire : de la musique.

En espérant que ces quelques notes de Ravel, universelles, vous apporteront un peu de chaleur et de réconfort.



Crédits :
Arrangements - Didier Benetti
Réalisation - Dimitri Scapolan

France Musique

En attendant de vous revoir

https://youtu.be/Sj4pE_bgRQI

30 mars 2020

Réflexions coronavirales

Ce matin j’ai attrapé un mot.

J’ai pensé : “de trois choses l’une :
- ou bien j’ai le virus et je dois, à tout prix, éviter de le refiler à quelqu’un d’autre.
- ou bien j’ai le virus avec des symptômes, et je dois en plus trouver le moyen de me soigner. Intelligemment, trouver le juste traitement.
- ou bien je n’ai pas le virus et je dois à tout prix éviter de l’attraper.”
Le voilà, ce mot qui m’a sauté à l’assaut de mes neurones : attraper !
Pour prendre quelque chose, pour l’attraper, il faut faire un geste.

En fait, ce mot veut dire que pour éviter le virus, je ne dois pas seulement rester passif, mais éviter de faire quelque chose. C’est donc un acte, une action, volontaire ou par inadvertance. J’aime bien ce mot inadvertance, qui vient de Salomon Selam : un accident par inadvertance, c’est vraiment trop bête mais on peut l’éviter en étant simplement vigilant, conscient. On pourrait dire maintenant dans la “pleine conscience”.
Eviter d’attraper le virus, c’est simplement être activement vigilant, donc éviter de faire quelque chose : sortir, aller au contact, faire semblant de rien, faire comme avant…

Si tout le monde était conscient de cela, le confinement serait quelque chose de positif.
Pas seulement subir passivement, mais considérer que c’est un geste à la fois auto protecteur et social, une action génératrice de solidarité, de convivialité. Paradoxal, n’est-il pas ?

Par contre, attrapez-moi le virus de la solidarité et de la bienveillance.
C’est une manière de construire l’avenir sur de nouvelles bases, qui vont nous être bien nécessaires, car ceci n’est qu’un signal avant coureur d’une planète aux abois.

Note.
J’espère que les Hollandais vont bientôt élever leur niveau de conscience, avant de contaminer leurs voisins. Il semble bien que la Suisse ait maintenant bien mesuré les risques de la progression du coronavirus. Les informations venant d’Italie nous montre que cette petite bête est vraiment infecte. Voilà pour l’Europe. J’ai aussi une pensée pour les Gazaouis : pas de contamination là-bas, mais eux, ils sont confinés depuis 14 ans !
J’ai enfin une pensée par l’Afrique sud-saharienne, qui peuvent - doivent - se préparer dès maintenant, alors que le virus va faire des ravages seulement dans quelques semaines, dans des villes et bidonvilles surpeuplés sans hôpitaux et sans équipements sanitaires.

Michel Simonis,
samedi 21 mars 2020


Et pour prolonger, je vous invite à prendre connaissance d’une tribune des “Pisteurs d’imagine” :

“ Dès aujourd’hui, notre rédaction et le comité d’accompagnement de notre réforme #Imagine2020, baptisé Les Pisteurs d’Imagine et composé d’une quinzaine de personnalités issues de la société civile, co-signent une tribune intitulée « Après la pandémie ». « Notre devoir aujourd’hui est de savoir lire, dans ces crises, la possibilité d’une refondation », peut-on lire dans cet appel collectif à découvrir sans tarder sur notre site www.imagine-magazine.com.

En voici un extrait :
La crise est sanitaire. Elle a déjà débouché sur une crise financière. Elle annonce une crise économique majeure, avec des fermetures d’entreprises en chaîne, une augmentation brutale du chômage, et une mise à l’épreuve des systèmes de protection sociale dans toutes les régions du monde.
Notre devoir aujourd’hui est de savoir lire, dans ces crises, la possibilité d’une refondation de notre vivre ensemble autour de valeurs fortes, positives et partagées, en adéquation avec les limites planétaires.

C’est notre dernière chance. Depuis quarante ans, les inégalités se sont creusées presque partout. Nous sommes témoins de la sixième extinction massive des espèces, d’une dramatique dégradation des sols, et d’une accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère qui transforment peu à peu la Terre en étuve. Les phénomènes météorologiques extrêmes vont se multiplier, avec des impacts importants notamment sur la production alimentaire. Les migrations forcées de population vont augmenter en conséquence : le nombre de réfugiés climatiques pourrait s’élever en 2050 à 140 millions (selon la Banque mondiale), voire 200 millions (selon l’Organisation des Nations Unies).

Il faut changer de cap. Cette crise, pourvu qu’on veuille bien s’en saisir, en offre l’opportunité. Nous prenons à nouveau conscience d’un destin partagé. Nous prenons aussi conscience de ce qu’ensemble, nous pouvons transformer la société. Aller vers plus de convivialité et de solidarité. Reconquérir des espaces d’autonomie, où chacun peut s’épanouir autrement qu’en tant que producteur ou consommateur. Ralentir cette course folle vers le franchissement des limites planétaires, et peu à peu assurer l’habitabilité future de la planète pour nos petits-enfants. Ce n’est déjà plus un espoir qu’on formule : c’est un impératif éthique qui s’impose à nous.

Nous assistons à une incroyable expérience d’apprentissage collectif accéléré.
Notre devoir n’est pas seulement d’apprendre, mais aussi, déjà, de ne pas oublier. A partir de ces nouvelles manières de produire et de consommer, de s’entraider et de se déplacer, d’enseigner et de prendre soin les uns des autres, une nouvelle société peut s’inventer : une société conviviale et solidaire, dans le respect des limites planétaires.
Nous savions ce qu’il fallait faire. Nous savons à présent comment, face à des circonstances nouvelles, nous sommes capables d’opérer des transformations radicales dans notre manière de fonctionner, à l’échelle individuelle et collective. Ce que nous sommes en train réussir contre l’épidémie du Covid-19 — une mobilisation générale fondée sur la responsabilité de chacun à l’égard de tous les autres, une remise en cause de nos routines —, nous avons le devoir d’y parvenir aussi afin de ralentir la dégradation des écosystèmes, et notamment d’atténuer le changement climatique. On nous dit que cela n’est pas possible. On nous dit que nos cerveaux sont capables de comprendre les risques immédiats, qui nous concernent en proche, mais qu’ils ne sont pas outillés pour réagir aux risques lents, ou aux menaces lointaines et abstraites. Nous disons que nous sommes capables d’apprendre. Qu’il est temps. Que c’est maintenant — ou bien ce ne sera jamais.

La rédaction du magazine Imagine et le comité d’accompagnement du processus #Imagine2020 appelé Les Pisteurs d’Imagine

29 mars 2020

Coronavirus : Donald Trump condamne Cuba pour sa coopération médicale

La mauvaise foi n’a pas de limite !

France Info
https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/coronavirus-donald-trump-condamne-cuba-sa-cooperation-medicale-817020.html

En pleine pandémie de COVID 19, les dirigeants des États-Unis critiquent la coopération médicale cubaine.

 L’argument du champion de la mauvaise foi :

Le département d’état estime que les médecins cubains sont mal rémunérés et contraints de travailler dans des conditions insalubres

38 pays dans le monde bénéficient de l’aide médicale de Cuba. Beaucoup d'entre eux se trouve dans la Caraïbe et en Amérique Latine. À cause de la pandémie du COVID 19, les missions des brigades médicales cubaines aux pays en difficulté augmentent, ce qui suscite l'ire du Président des USA.

Juan Antonio Fernandez, directeur adjoint de la communication dans le ministère des affaires étrangères a déclaré :
La pandémie nous menace tous. C’est le moment de pratiquer la solidarité et de venir en aide à ceux qui en ont besoin.

Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), il faut un minimum de 2,5 médecins pour 1000 habitants pour assurer un service sanitaire correcte. À Cuba, il y a 8,2 médecins pour 1000 habitants. La France en recense 3,2. Les États-Unis n’enregistrent que 2,6.

Les cubains sont fiers de leur savoir-faire médical. Depuis des décennies, la Caraïbe et bien d'autres régions du monde ont pu profiter de la coopération sanitaire, mise en place par le défunt Président Fidel Castro.
Notre pays ne largue pas de bombes sur d’autres peuples. Les dizaines de milliers de scientifiques et de médecins de notre pays sont là pour sauver les vies, a martelé Fidel Castro lors de l'un de ses grands discours.

Cuba appelé au secours de la Caraïbe

Dans le cadre de la pandémie de COVID 19, Cuba envoie des centaines de médecins et d’infirmières aux pays qui ont besoin d'aide. Souvent ils travaillent dans des circonstances difficiles en l’absence d’équipements sophistiqués.

Haïti a 8 cas confirmés du COVID 19. 150 personnes sont en quarantaine. Les hôpitaux manquent de tous. Sur place, l'équipe de 348 médecins et infirmiers cubains a été renforcée par l’arrivée de 25 compatriotes.

La Jamaïque avec 26 malades a accueilli une délégation de 140 cubains, composée de 90 infirmières et 46 médecins.

Antigua et Barbuda a recensé 7 cas du Coronavirus. Les 31 médecins et infirmiers cubains vont renforcer les équipes à l’hôpital public.

À la Dominique, 11 personnes sont malades. Cuba a expédié 25 infirmières, 5 médecins et 4 techniciens de laboratoire pour aider le pays.
On sait qui est notre ami quand les temps sont durs, a déclaré Roosevelt Skerrit, premier ministre de la Dominique.

À Sainte Lucie, une centaine de médecins et d’infirmières cubains aideront le gouvernement à déménager les services hospitaliers dans une nouvelle structure, avec la mise en place d’un service pour maladies respiratoires.

Le gouvernement de Saint-Vincent et les Grenadines qui confirme 1 cas de COVID 19, a salué les actions de Cuba qui a aidé avec 4 médecins et 12 infirmières sur l’île.

La solidarité et la compassion cubaine interviennent au moment où le monde en a besoin or Cuba a ses propres problèmes. Nous remercions ce pays, a déclaré Luke Browne, ministre de la santé de Saint-Vincent et les Grenadines.
La Grenade enregistre 7 cas de Coronavirus. L'île veut faire des essaies cliniques avec l’Interféron Alpha-2B, la molécule anti-virale produite à Cuba, tout comme le Suriname qui a accueilli 51 médecins et infirmières cubains.

Le Venezuela manque de médicaments, les infrastructures sanitaires sont en souffrance. Il y a 77 cas déclarés de Coronavirus. Cuba, un allié proche, a envoyé 137 médecins et infirmières en renfort.

Lorsqu'il s'agit de la coopération médicale avec Cuba, aucun pays de la Caraïbe n'a suivi les consignes du président des États-Unis.

L'origine des pandémies : rencontres à hauts risques

       
Rencontre avec Sophie Vanwambeke, professeure de géographie médicale à l'Institut Earth and Life d'UCLouvain.par Philippe Lamotte - 06 Mars 2020

La propagation du coronavirus (Covid-19) à l'échelle mondiale fait vaciller les monde politique, scientifique et économique. Historiquement, cette pandémie n'est pourtant pas inédite. 



https://enmarche.be/societe/international/l-origine-des-pandemies-rencontres-a-hauts-risques.htm

En Marche : Le SRAS en 2002 venu d'Asie. La grippe H1N1 en 2009 originaire du Mexique. Le virus Ebola en Afrique de l'Ouest en 2014, le virus Zika en Amérique du Sud en 2016... Et maintenant, un nouveau coronavirus (SRAS-CoV-2) responsable du Covid-19. L'impression qu'il y a de plus en plus d'agents infectieux à impact mondial est-elle justifiée ?


Sophie Vanwambeke : Oui et non. Toute l'histoire humaine est ponctuée d'épisodes de zoonose (maladie ou infection transmise naturellement des animaux à l'être humain, et vice-versa, NDLR) comme celui que nous traversons actuellement. La route de la soie, autrefois, n'a pas véhiculé que des épices et des textiles mais aussi des microbes, parfois redoutables. Au milieu du XIVe siècle, la peste bubonique, qui trouve son origine chez le rat, est arrivée de Chine par les caravanes et les navires marchands. Elle fera au total 200 millions de victimes en Europe jusqu'au XVIIe siècle. La conquête de l'Amérique du Sud par les conquistadors espagnols y a apporté rougeole, oreillons, typhus... bien plus meurtriers sur les indigènes que les armes à feu. On a tendance à l'oublier mais, historiquement, la rougeole est une zoonose, de même que la tuberculose, la varicelle, la lèpre, la peste, etc. N'oublions pas, plus récemment, la pandémie de grippe dite "espagnole" (en réalité probablement originaire des États-Unis) : au lendemain de la Première Guerre mondiale, une personne sur cinq dans le monde en a été affectée et 50 à 100 millions de personnes en sont mortes. Bref, rien de ce qui nous arrive aujourd'hui n'est fondamentalement nouveau, même si ces épidémies et pandémies sont infiniment mieux connues et combattues qu'autrefois. Chaque jour, partout dans le monde et sans que personne ne le sache nécessairement, des agents infectieux - parmi lesquels des virus pathogènes - passent d'un hôte à un autre et, parfois, de l'animal à l'homme au gré de mutations génétiques. Mais, le plus souvent, cela s'arrête là.

EM : D'où vient, alors, cette impression d'une multiplication des épisodes pandémiques et d'une plus grande vulnérabilité ?


SV : Le gros changement réside dans les modalités de diffusion des agents infectieux. Cette propagation est aujourd'hui considérablement facilitée par la multiplication des pressions humaines sur l'environnement. À cet égard, on peut comparer le phénomène de la pandémie, d'une nature fondamentalement aléatoire, à une loterie. Si vous achetez un ou deux billets, votre chance de remporter le gros lot est proche de zéro. Si vous en achetez 100.000, vos chances augmentent sensiblement. Eh bien ces "billets", aujourd'hui, sont bien plus nombreux qu'autrefois en raison de l'empiétement galopant des activités humaines sur les territoires où vivent les animaux sauvages. Hommes et animaux : nos zones d'occupations respectives se recouvrent de plus en plus. Le milieu naturel le plus concerné par ce phénomène est la forêt, tout particulièrement la forêt tropicale en raison de sa vaste biodiversité. Lorsque l'homme la défriche et pénètre de plus en plus loin, il modifie les conditions de vie de quantités de ses hôtes. Les chauves-souris, par exemple, connues pour être porteuses d'une grande variété de virus, sont alors obligées de fréquenter des milieux plus anthropisés, créés par l'homme, comme les plantations de palmiers à huile ou les vergers (beaucoup d'espèces de chauves-souris sont frugivores). Dans ces vergers de l'Asie du Sud-Est circulent souvent des porcs où les virus peuvent s'installer (on parle alors d'une population "hôte d'amplification"). Or, des cochons malades peuvent développer une virémie très importante, c'est-à-dire développer une grande quantité de virus. Comme ils vivent proches de l'homme et, par ailleurs, disposent d'un patrimoine génétique très proche du nôtre, toutes les conditions sont réunies pour favoriser le passage de virus de ces "réservoirs" animaliers vers l'homme à l'occasion d'une ou de plusieurs mutation(s) génétique(s). Cela dit, au "ticket de loterie" forestier, il faut évidemment ajouter d'autres facteurs liés, ces vingt ou trente dernières années, à la progression rapide de la démographie mondiale et à l'accroissement énorme des déplacements humains et des transports de marchandises. Qu'ils soient de types "affaires", touristiques, liés à des événements  structurels (pèlerinages, programmes d'échanges d'étudiants) ou ponctuels (méga-événements sportifs), ces mouvements de population renforcent considérablement la diffusion potentielle des virus et autres coronavirus. Sans oublier leur rapidité : autrefois, lorsqu'une caravelle prenait la mer vers un continent lointain, le virus ou la bactérie embarqué(e) à bord avait largement le temps de rendre tout le monde malade à bord et, ayant perdu de sa virulence, de se faire oublier jusqu'à l'arrivée ou... de tuer tout le monde. Aujourd'hui, on fait le tour du monde en vingt-quatre heures. Ce double facteur - concentration humaine et rapidité de déplacement - joue évidemment de tout son poids dans la crise actuelle.

EM : Soit mais, si gigantesque soit-elle, la Chine, d'où provient l'actuel coronavirus Covid-19, ne dispose pas de bassins forestiers tropicaux. Comment expliquer dès lors la pandémie actuelle ?


SV : Si l'Extrême Orient asiatique a été à l'origine du SRAS en 2002 et de l'actuel Covid-19, c'est aussi en raison d'un facteur non négligeable : la présence de très nombreux marchés où se pratiquent diverses formes de commerce d'animaux vivants : pour leur chair, pour leurs vertus médicinales supposées, pour le prestige de disposer d'animaux de compagnie originaux (un phénomène bien connu également en Europe et en Occident en général), etc. Sans vouloir sombrer dans des généralisations hâtives, ce tableau est assez différent de l'Afrique où se pratique plutôt un commerce de viande de brousse. Il s'agit donc, là-bas, d'animaux morts ce qui, avec une urbanisation moindre, réduit les risques de transmission d'agents infectieux. En Asie, les animaux le plus généralement enfermés peuvent, vu le stress ainsi créé, augmenter leur charge virale et devenir plus contagieux. En Asie du Sud-Est, un autre phénomène peut jouer, semblable à ce que nous connaissons en Occident (mais pour la diffusion des grippes, pas pour l'actuel Covid-19!) : la multiplication des élevages intensifs, liée au succès de la consommation de viande par les classes moyennes. Comme les animaux qui y sont élevés (poulets, porcs, etc.) ont un patrimoine génétique identique, ces élevages sont très fragiles : dès qu'un animal est touché par une infection, celle-ci se répand comme un feu de savane. Si, en Europe, ces univers industriels sont en principe très hermétiques par rapport à l'environnement, il n'en va pas nécessairement de même en Asie. Dans des systèmes d’élevage moins hermétiques, les échanges de virus entre oiseaux sauvages, volailles de basse-cour et poulets de batterie sont facilités et peuvent donner lieu à l’apparition de nouveaux virus, plus pathogènes ou virulents. Cet autre "billet de loterie" est ce qu'on a connu en 2004, notamment, lors de l'épidémie de grippe H5N1, restée celle-là strictement aviaire.

EM : Les situations les plus délicates sont donc celles où coexistent, à un moment donné, l'émergence d'un agent pathogène migrant vers l'homme et une concentration maximale d'êtres humains ?


SV : Exactement. Cela montre bien, au passage, la complexité de la chose. Invoquer simplement l'augmentation de la démographie mondiale comme explication des pandémies est un raccourci facile, voire dangereux. De même que pointer des régions précises du globe comme sources des problèmes. D'abord, parce que les zoonoses peuvent se produire n'importe où dans le monde. Pensons à la Borréliose ou maladie de Lyme, transmise chez nous à l'être humain par les tiques (certes, il s'agit là d'une échelle bien plus réduite). Ensuite, et surtout, parce que de tels raccourcis empêchent de se poser les bonnes questions. Exemple : n'y a-t-il pas d'autres moyens, pour donner à manger à tout le monde, que l'actuelle déforestation et l'emprise croissante sur les territoires naturels encore intacts ? L'urbanisation progressive de l'Afrique, à cet égard, pourrait constituer un nouveau facteur de risque demain ou après-demain ­– pas seulement face à Ebola - puisque s'y développeront encore plus les concentrations humaines. Dès aujourd'hui, on peut s'inquiéter de l'existence, notamment en Syrie, de noyaux de populations fuyant les guerres et les conflits. En situation de stress, on peut penser que l'immunité de ces groupes humain est sévèrement compromise. Si des agents comme les coronavirus devaient s'y installer, ces populations affaiblies se retrouveraient en situation délicate.

EM: Êtes-vous inquiète face à la pandémie actuelle ?


SV : Chronologiquement, nous sommes actuellement au milieu du gué. Il va probablement falloir des mois pour connaître au plus près la nature exacte de ce coronavirus et sa réelle contagiosité. Mais la communauté internationale a déjà accompli des pas de géant en très peu de temps. La crise du SRAS en 2003, à cet égard, a constitué un tournant décisif : elle a révélé nos fragilités. Depuis cet événement, les chercheurs du monde entier ont appris à mettre en commun les résultats de leurs études, ce qui permet une réactivité bien plus grande en cas de crise. L'autre avancée majeure réside dans les progrès technologiques accomplis, notamment dans le domaine de la génétique et de la collectes de données épidémiologiques. Il y a quelques années à peine, on n'aurait jamais pu aller si vite pour identifier un nouvel agent comme  le coronavirus à l’œuvre aujourd'hui. Formé (probablement) il y a quelques mois à peine, le génome du Covid-19 est aujourd'hui connu dans son intégralité. Enfin, les coûts de tels travaux ont sensiblement diminué ces dernières années. Résultat : partout à travers le monde existent des banques de données ouvertes à la communauté scientifique et permettant la comparaison entre les agents infectieux émergents et ceux que l'on connaît de plus longue date. Même si énormément reste à faire pour mieux les connaître, tant leurs conditions d'émergence que celles de leur propagation peuvent être étudiées plus aisément et d'une façon plus transparente. Au fond, c'est une sorte de course de vitesse qui se produit. Les agents infectieux migrent plus vite qu'autrefois, les connaissances humaines aussi...

EM : Il faut tout de même rappeler que malgré l'émoi considérable né autour du SRAS en 2003, la pandémie causée par ce coronavirus n'a finalement frappé "que" 8.346 personnes à travers le monde, parmi lesquelles 646 décès. Soit vraiment très peu par rapport aux dizaines de millions de morts liés à la grippe espagnole entre 1918 et 1920...


SV : La grippe espagnole a eu ceci de particulier d'être intervenue dans une sorte de contexte de mondialisation avant la lettre. La Première Guerre mondiale avait en effet déplacé de vastes populations civiles et militaires, passablement affaiblies par le conflit et donc fragilisées sur le plan immunitaire. Le virus était apparu pendant la guerre sous une forme peu virulente qui s'est ensuite avérée nettement plus redoutable. Ce fut le cas particulièrement parmi les hommes jeunes, probablement parce que les personnes plus âgées ont bénéficié d'une immunité héritée d'une exposition antérieure à d'autres virus moins meurtriers. Quant au SRAS, c'est vrai : le coronavirus identifié à l'époque a fait très peur pendant plusieurs mois. L’internationalisation rapide du virus et son caractère "spectaculaire" ont mis brutalement en lumière le potentiel de notre monde moderne pour de tels événements.
Il faut dire qu'on était incapable de le séquencer rapidement. S'il a fait un nombre assez limité de victimes, c'est notamment parce que le pic de symptômes a coïncidé avec le pic de contagiosité, ce qui a facilité son contrôle.

"Que ce soit pour le Sida, Ebola ou le Covid-19, on est confronté à un même souci: la biodiversité est maltraitée"

 https://www.lalibre.be/planete/environnement/francois-gemenne-du-corona-au-climat-je-redoute-tres-fort-l-opportunite-gachee-5e7f7c70d8ad5816317fa0f7


Sabine Verhest LLB, lundi 30 mars 2020


Un loup qui vagabonde sur les pistes de Courchevel, des oiseaux qui chantent dans le ciel d’Orly, des dauphins qui s’aventurent dans le port de Cagliari: à se balader sur les réseaux sociaux, il semble bien que, quand les Hommes ne sont pas là, les animaux dansent. Les photos et vidéos - réelles ou imaginaires (*) - de la revanche de la faune sur les humains confinés sont devenues virales. Comme si l’idée de la renaissance de la nature donnait du sens à l’épreuve que nous traversons; nous rassure sur le fait que la planète se révèle suffisamment forte pour survivre à ce que nous lui faisons subir.

"Attention aux formules quasi religieuses du type: ‘la nature reprend ses droits’ ou ‘la Terre se venge’", avertit cependant François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement (ULg et SciencesPo). "Ce n’est pas comme ça qu’on va penser rationnellement l’après-crise." Ni réinventer un modèle, soucieux de la nature et de l'interdépendance du vivant.

Confinés, nous nous en émerveillons tous: "Des animaux sont un petit peu moins sous pression des activités humaines. Des oiseaux sont un peu plus tranquilles pour nicher, des mammifères se baladent de manière un petit peu plus libre", constate Philippe Grandcolas, directeur de recherche au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris. "Mais c’est du très court terme, de l’accessoire, qui est charmant, mais qui malheureusement ne va pas durer", rappelle-t-il. "Ce qui m’attriste, c’est qu’on ne laisse aux animaux et aux plantes que des rôles accessoires de décors naturels. Quand on entend parler de biodiversité autour du Covid-19, c’est sur un mode amusant ou distractif. On ne les considère jamais comme des acteurs de nos vies, alors qu’en réalité des questions de biodiversité sont à l’origine du Covid-19."

L'origine animale de l'épidémie

Chauve-souris en soupe, pangolin en steak ou autre, c’est bien un animal sauvage qui est soupçonné d’avoir transmis le coronavirus à l’homme sur un marché de Wuhan. Aussi peut-on "espérer une prise de conscience", poursuit le spécialiste de l’évolution des faunes. On en a déjà vu des signes. La Chine a décidé, le 24 février, d’interdire "complètement" le commerce d’animaux sauvages, d’"abolir la mauvaise habitude de trop (en) consommer et protéger efficacement la santé et la vie de la population", selon les propos officiels. La vente de pangolin, le mammifère le plus braconné au monde, a chuté au Gabon - les acheteurs chinois ont déserté les marchés de Libreville. "Le danger, c’est qu’on encourage la vente sous le manteau", embraie Philippe Grandcolas, "mais on ne peut pas ne rien faire sur le plan réglementaire sous prétexte qu’on crée des trafics"

La consommation de viande de brousse est très ancrée dans la culture et les habitudes de nombreux pays. "Comme chez nous en fait. La différence, c’est qu’en Europe, si l’on chasse des sangliers ou des chevreuils, on ne risque pas grand-chose au plan sanitaire. Si l’on chasse des animaux dans les forêts tropicales, où la biodiversité est beaucoup plus forte, on prend des risques nettement plus importants." Mais, poursuit-il, "je pense qu’il y aura des personnes, y compris des personnes en difficulté matérielle qui doivent se soucier de ce qu’elles mangeront demain, qui se méfieront un peu plus".

Pour autant, "la prise de conscience ne va pas aller jusqu’au bout", pronostique Philippe Grandcolas. L’énergie que les êtres anthropocentriques que nous sommes déploient pour lutter contre la pandémie de Covid-19 dépasse largement celle que nous sommes prêts à mettre pour lutter contre les atteintes à la biodiversité qui, précisément, entraînent des pandémies. "L’empathie qu’on ressent pour les animaux est fonction de la distance évolutive. Or, une majeure partie de la biodiversité (sur les 2 millions d’espèces connues et les probablement 10 millions existantes) n’est pas faite de primates anthropoïdes. On ne s’en soucie donc pas directement."

Il est pourtant urgent d'effectuer des recherches sur l'origine animale de l'épidémie et étudier la chaîne de transmission des coronavirus, insiste le professeur émérite à Sorbonne Université, Didier Sicard. "Ce qui me frappe toujours, c’est l’indifférence au point de départ. Comme si la société ne s’intéressait qu’au point d’arrivée: le vaccin, les traitements, la réanimation", explique ce spécialiste des maladies infectieuses, sur France Culture. "Mais pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital. Or c’est impressionnant de voir à quel point on le néglige. L’indifférence aux marchés d’animaux sauvages dans le monde est dramatique."
Il s’agit aussi, selon Philippe Grandcolas, de réaliser que la biodiversité ne se résume pas aux pays du Sud, à l’Amazonie défrichée, à l’Australie en feu, à l’Afrique ou l’Asie où l’on mange (à nos yeux) de drôles de bêtes. "La biodiversité est partout et l’on aurait tous besoin de se comporter mieux avec elle", insiste-t-il. "Nous-mêmes, en Europe, avons des problèmes de ce type dont on ne parle pas. En France, on tue chaque année, sur arrêtés préfectoraux, plus d’un million de renards, qui sont considérés comme nuisibles. On ne maîtrise donc pas correctement la population de rongeurs qui participent à l’expansion de la maladie de Lyme."

La crise sanitaire que nous traversons doit être l’occasion de "comprendre que ce scénario peut recommencer", insiste Philippe Grandcolas. Que ce soit pour le Sida, Ebola ou le Covid-19, "on est toujours confronté à un même souci, qui est notre mauvaise relation à la biodiversité. Sans cette explication, un bon comportement n’émergera pas de manière générale, en aucun cas".
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(*) Les images animalières, des centaines de milliers de fois partagées, ne témoignent pas toutes de la réalité, comme le rapporte le National Geographic. Voir des cygnes voguer près de Venise n’a rien d’anormal. Aucun dauphin n'est parti visiter les canaux (vraiment limpides) de la cité des Doges. Et les éléphants qui s’enivrent d’alcool de maïs avant de s’endormir dans une plantation de thé du Yunnan sont aussi réels que leurs roses congénères de la Delirium Tremens.

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François Gemenne: du coronavirus au climat, "je redoute très fort l’opportunité gâchée"


Sabine Verhest, LLB, publié le lundi 30 mars

© NASA
Le confinement a du bon. L’arrêt des usines, la baisse du trafic aérien et routier, la chute de la consommation se sont accompagnés d’une diminution nette de la pollution. Les images de la Nasa l’ont clairement montré au-dessus de la Chine. De même, "la chute des émissions de dioxyde de carbone au-dessus de la plaine du Pô dans le nord de l’Italie est particulièrement évidente" , remarque Claus Zehner, de l’Agence spatiale européenne. En termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, 2020 sera vraisemblablement une année où la qualité de l'air s'est sensiblement améliorée.

 Le nombre de vies épargnées grâce à la baisse de la pollution atmosphérique sera-t-il supérieur au nombre de vies perdues à cause du coronavirus ? Il est trop tôt pour l'affirmer. Selon l’Agence européenne de l’environnement , le dioxyde d’azote est responsable de 68.000 décès prématurés par an dans l’Union (dont 1.600 en Belgique). Le Covid-19 a emporté plus de 20.000 Européens jusqu'à ce jour. Quant aux chiffres chinois de morts du coronavirus, ils sont vraisemblablement sous-évalués . 
Au rayon des tendances positives, "un certain nombre d’habitudes prises pendant le confinement pourraient perdurer par la suite, par exemple davantage de recours au télétravail ou une limitation des déplacements inutiles" , relève François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement (ULg et SciencesPo) et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. "Des mesures bénéficieront sur le long terme à la santé publique également, comme l’habitude de se laver les mains."

L'idée d'une taxe carbone 


L’occasion est belle, aussi et surtout, d’oser une véritable transition écologique. Selon Glen Peters, du Centre de recherche internationale sur le climat et l’environnement d’Oslo, "nous avons là une opportunité d’investir de l’argent dans des changements structurels, qui pourront réduire les émissions après la reprise de la croissance économique, en développant notamment des technologies propres" . Pour le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, "c’est le bon moment pour instaurer une vraie taxe CO2 sur les carburants, le mazout et le gaz fossile ! Leur prix ayant fortement baissé, ce sera indolore. Cela permettra de dégager des ressources pour compenser les effets de la crise" , dit-il, à l’adresse des "gouvernements (qui) cherchent des ressources pour financer une relance économique après le Covid-19" .

"Il y a effectivement une opportunité fantastique aujourd’hui" , pense François Gemenne, "mais je crains fort que ce ne soit pas la voie dans laquelle les gouvernements se dirigent" .

Le branle-bas de combat pour freiner la pandémie montre que les gouvernements peuvent prendre des mesures urgentes, radicales et même très coûteuses pour l’économie face à un danger immédiat. "Mais le risque est de donner aux gens l’impression que, pour lutter contre le changement climatique, il faut mettre l’économie à l’arrêt. Je crains beaucoup que, une fois la crise passée, les gens rejettent massivement toute mesure contraignante sur le mode: ‘on a déjà donné pour le coronavirus, on ne va pas en reprendre une couche pour le changement climatique’."

On risque dès lors plutôt de voir un effet de rebond très fort de la consommation, des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution à la sortie de la crise sanitaire, encouragé, qui plus est, par des plans de relance massifs favorisant les industries fossiles, comme on en voit déjà au Canada et aux États-Unis. "La tentation sera grande, pour les gouvernements, de remettre une pièce dans la machine d’avant plutôt que d’essayer d’inventer une nouvelle machine qu’on n’aura pas eu le temps d’inventer. Je redoute très fort l’opportunité gâchée."

Finalement, "l’effet positif de long terme le plus significatif pour le climat et pour l’environnement serait de faire élire un Démocrate en novembre à l’élection présidentielle américaine” , pense François Gemenne.

“C’est globalement l’état de l’économie américaine qui est le facteur-clé, historiquement, dans cette élection et qui porte Donald Trump très haut aujourd’hui. Malgré le plan gigantesque qui vient d’être voté par le Congrès mardi, il y aura quand même un ralentissement de l’économie américaine et un taux de chômage plus important qui pourraient lui coûter l’élection, même s’il y a pour le moment 60 % d’Américains qui approuvent sa gestion de la crise du coronavirus et l’idée de relancer l’économie plutôt que de sauver des Américains.”

Le changement climatique, une transformation irréversible

Un Démocrate à la Maison-Blanche permettrait sans doute de redonner des couleurs à la lutte contre le changement climatique, dont l'urgence, réelle, apparaît moins clairement que celle de la "guerre" (comme dit Emmanuel Macron) contre la propagation du coronavirus. Il s'agit pourtant d’une transformation irréversible, contre laquelle on ne trouvera aucun vaccin.

Comparer les deux crises et leur prescrire les mêmes remèdes n’apparaît dès lors pas relevant à François Gemenne. Les pays les plus touchés par le coronavirus sont actuellement des pays industrialisés, au sein desquels personne n’est épargné, ni les plus riches, ni les célébrités d’Hollywood, ni les sportifs de haut niveau ni les chefs d’État et de gouvernement. "On a donc une certaine impression de proximité et d’immédiateté face à la menace du coronavirus" , note le professeur. Le changement climatique, en revanche, "touche en premier lieu les plus pauvres et les pays du Sud. On a l’impression qu’il arrivera d’abord aux autres. C’est une différence tout à fait fondamentale" .

Les efforts que nous sommes prêts à (ou contraints de) faire en cette période de confinement ne sont acceptables de surcroît que parce qu’ils sont temporaires. "Nous avons un désir de retour à la normale le plus rapide possible" et, redoute François Gemenne, "ce retour à la normale sera un retour vers le passé plutôt qu’une projection vers le futur ou l’invention d’une nouvelle normale, une normale post-carbone" .